Avril 2026
INTEGRER
LE SOMMEIL DANS UN PROGRAMME MUNICIPAL PEUT CONCOURIR A L’ATTRACTIVITE DU
TERRITOIRE
Le
MONDE
Le Monde - Samedi 21 mars 2026
Un
collectif
de médecins spécialistes du sommeil appelle les responsables politiques et les
acteurs de terrain à se saisir pleinement de la question du sommeil,
« bien commun, invisible, qui conditionne notre bien-être, la cohésion
sociale et la vitalité économique »
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E |
n
cette période d’élections municipales, les débats portent sur la sécurité,
l’écologie, le logement, les mobilités et la santé. La question du sommeil est,
à tort, souvent passée sous silence, alors même que les Français la considèrent
comme une préoccupation majeure, avant même la question de leur alimentation ou
de leur activité physique.
Le sommeil est une fonction vitale, il
régule notre bien-être et notre forme dans la journée, notre capacité
d’attention et de mémoire, nos capacités de décision, stabilise notre humeur,
nos émotions, nous protège du stress, et soigne notre système
cardio-vasculaire, régule notre faim et notre poids, renforce notre immunité.
Les Français l’ont bien compris. Longtemps considéré comme du temps perdu, le
sommeil pourrait-il être désormais reconnu comme un temps utile et essentiel
pour la santé, l’équilibre et le bien-être quotidien ?
Dans le même temps, les plaintes liées au
sommeil progressent : un quart de la population se plaint de troubles de
sommeil parmi lesquels insomnies, dettes de sommeil chroniques, somnolence,
sommeil de mauvaise qualité, fatigue. Les données scientifiques et les enquêtes
menées par l’Institut national de sommeil et de la vigilance chaque année
depuis vingt-cinq ans convergent vers ce même constat qui n’est pas sans
conséquence : augmentation des accidents de la route, augmentation du
risque d’accident du travail, diminution de l’efficacité des traitements de
pathologiques chroniques, fragilisation de la santé mentale, risque de suicide,
diminution des capacités de réflexion et, pour les plus jeunes, diminution des
capacités d’apprentissage, notamment à l’école.
Indicateur des tensions urbaines
On
présente souvent ces plaintes comme des défaillances individuelles ou sous
l’angle de comportements de sommeil inadaptés. C’est une erreur. On ne dort pas
seul, on dort chez soi, en famille, mais aussi dans un environnement, son
quartier, sa ville et sa région.
Bruits nocturnes, pollution lumineuse,
îlots de chaleur, logements mal isolés, temps de transports excessifs,
hyperconnexion, etc., sont autant de facteurs qui influencent notre capacité à
dormir. Nos villes organisent parfois, sans en avoir conscience, une dette de
sommeil biologique collective. Le sommeil devient un marqueur-clé des
discordances entre nos rythmes de vie et nos rythmes biologiques. Le sommeil
est un indicateur des tensions urbaines. Une commune qui dort mal est une
commune sous pression. Il est temps d’intégrer la dimension du sommeil dans les
enjeux municipaux.
NOS VILLES
ORGANISENT
PARFOIS,
SANS EN
AVOIR
CONSCIENCE,
UNE DETTE
DE SOMMEIL
BIOLOGIQUE
COLLECTIVE
Le sommeil se situe à l’intersection de
nombreuses questions de politiques publiques : santé, petite-enfance,
éducation, sécurité, logement, urbanisme, transition écologique. Pourtant, il
demeure absent des analyses et des projets territoriaux. Cela implique
notamment de reconnaître la nuit comme un espace de santé, de moduler
l’éclairage public, de réduire les nuisances sonores nocturnes, d’anticiper les
canicules, évaluer l’impact nocturne des projets urbains, d’interroger les
horaires scolaires et de travail.
Les inégalités liées au sommeil recoupent
souvent les inégalités sociales, et touchent en priorité les plus jeunes et les
plus fragiles. Agir pour le sommeil, c’est agir pour l’équité territoriale. Agir
pour le sommeil, c’est agir pour demain. Le sommeil est un bien commun,
invisible. Il conditionne notre santé, notre bien-être, la cohésion sociale et
la vitalité économique. Peut-être est-il temps de reconnaître que la qualité
d’un territoire se mesure aussi à la qualité des nuits, du repos qu’il permet.
Dans un contexte où les électeurs attendent des réponses concrètes, visibles et
proches de leur quotidien, intégrer le sommeil dans un programme ou une action
municipale peut produire des effets concrets sur la santé, le bien-être à tous
les âges de la vie, et concourir à l’attractivité du territoire.
A l’heure des choix politiques et des
projets pour les territoires, il est essentiel de considérer le sommeil pour ce
qu’il est devenu : non pas un luxe individuel, mais un bien commun, un
marqueur de vitalité sociale. Et, peut-être, l’une des clés d’un programme
municipal profondément en phase avec les attentes des Français. ■