Mai 2026
POURQUOI LES RUPTURES AMICALES FONT SI MAL ?
Cyrielle THEVENIN
(LE
PROGRES - Samedi 4 avril 2026)

es
ruptures amicales peuvent être profondément douloureuses. Anne-Laure Buffet,
thérapeute et auteure de L’amitié, décrypte pour nous les sentiments qui
peuvent nous traverser dans ces moments.
Dans une vidéo partagée sur son compte Instagram en
février, la journaliste Sophie Davant, confie avoir déjà vécu "une
trahison amicale". « Il m’est arrivé d’être déçue, d’être trahie et
de devoir mettre fin à une amitié. J’ai vécu ça aussi violemment et aussi
douloureusement qu’une rupture amoureuse. Une rupture amicale, c’est
terrible », dit-elle. Ces mots peuvent résonner chez beaucoup de Français.
Car qui n’a jamais perdu un ami ?
Selon un sondage mené aux États-Unis, un adulte perd
en
moyenne un bon ami par an
« Le pire, c’est lorsqu’on se rend compte que
dans notre amitié, la relation était toxique parce qu’elle était créée par un
déséquilibre, une absence de considération, des mensonges, une trahison… Il y a
aussi des ruptures qui sont plus douces : ce sont les ruptures qui
viennent avec le temps, car on prend des chemins différents pour les études, on
va habiter dans un endroit différent et petit à petit, il y a un effritement de
la relation », nous explique Anne-Laure Buffet, thérapeute (*)
« C’est une personne qu’on a laissé partir avec une partie de
nous »
Dans les
films, les séries ou les livres, la rupture amoureuse est souvent évoquée. La
rupture amicale l’est moins. Pourtant, la douleur peut être similaire.
« L’effondrement au moment de la rupture amoureuse, ou l’effondrement au
moment d’une rupture amicale, c’est le même. C’est le sentiment que la vie n’a
plus de sens, qu’on est vidé de quelque chose, ramené à une forme d’inutilité,
d’impuissance, qu’on ne s’en remettra pas », estime Anne-Laure Buffet.
Sur le
long terme, la douleur peut même être plus profonde. Car l’ami est « à la
fois le partenaire de jeu, le confident, le consolateur, le journal intime, la
mémoire. Le lien amical apporte de l’assurance, de la confiance... »,
liste Anne-Laure Buffet. « Quand
on regarde quatre ou cinq ans en arrière, on peut avoir, vis-à-vis d’un amour
perdu, une pointe de nostalgie ou de colère, mais on avance. La rupture
amicale, on s’en remet moins bien, car c’est une personne qu’on a laissée
partir avec une partie de nous. C’est aussi accepter de tourner une page sur
une partie de notre vie et de notre histoire », analyse la thérapeute.
Se reconstruire différemment
« Il
faut accepter d’avoir mal », recommande Anne-Laure Buffet. Et ne pas
hésiter à se confier sur ce qu’on traverse. « On a le droit de dire aux
autres qu’on est en souffrance ou en difficulté, car on a perdu un ami. Libérer
sa parole permet aussi de repenser la relation, de la verbaliser autrement et
peut-être de se soulager de la perte qu’on connaît », poursuit-elle.
La rupture
amicale peut aussi faire évoluer. « Si elle est argumentée, on est censé
se reconsidérer autrement et s’interroger sur pourquoi on était ami avec cette
personne, pourquoi cette rupture est violente, ce qu’on espère retrouver… Donc
ça permet de grandir. La perte de l’autre laisse de la place, ça permet de se
questionner sur ce dont j’ai vraiment besoin dans la vie », estime
Anne-Laure Buffet.
Parfois,
la réconciliation est possible « à condition d’accepter la parole de
l’autre et d’accepter soi-même de parler », insiste la thérapeute.
● Cyrielle
Thevenin
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(*) Anne-Laure Buffet
est l’auteure de L’amitié (éditions Eyrolles, 2022). |