AVRIL2026

LUTTE CONTRE LE RACISME : LE « BILAN TRES DECEVANT » DE L’ACTION DE L’ÉTAT

  L.CE

Le Monde - Vendredi 27 mars 2026

 

La Commission nationale consultative des droits de l’homme estime que la plupart des mesures du plan 2023 n’ont pas été appliquées

 

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ace à l’explosion de l’antisémitisme et à la montée du racisme, les responsables politiques s’indignent, dénoncent et exhortent. Et puis rien ne se passe, ou si peu. C’est le constat sévère que dresse la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) dans une note de cinq pages publiées jeudi 26 mars et consacrée à l’évaluation du plan national de lutte contre le racisme, l’antisémitisme et les discriminations liées à l’origine 2023-2026.

 

Présentés le 30 janvier 2023 par Elizabeth Borne, alors première ministre, les objectifs affichés dans ce programme – mieux mesurer, mieux éduquer, mieux sanctionner, mieux accompagner… – n’ont été que très « partiellement atteints », selon la CNCDH. L’autorité administrative indépendante évoque un « bilan très décevant », souligne « la défaillance dans la mise en œuvre concrète d’une partie des mesures », « l’échec de la gouvernance » et « l’abandon pur et simple » de certaines dispositions, « sans précision quant à l’autorité à l’origine de ces renoncements » Sa secrétaire générale, Magali Lafourcade, dénonce « une réalité à rebours des déclarations d’intention des décideurs ».

 

« La machine ne suit pas »

Porté par la délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT, le plan national définit et met en œuvre la politique transversale menée par l’État sur ces sujets. Pour la première fois, il faisait des discriminations liées à l’origine un objet de politique publique.

« Tout ça participe au départ d’un volontarisme honorable, analyse Pierre Tartakowsky, vice-président de la CNCDH et membre du groupe de travail sur la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie. La première ministre se met en avant, mobilise un grand nombre de ministres et organise un lancement en grand pompe. Très bien, sauf que derrière, tout s’évanouit, la machine ne suit pas, les ministères ne s’emparent pas du projet. Le [plan national] est un bateau lancé avec moult bouteilles de champagne qui s’est rapidement enlisé dans les sables. »

 

Dans le détail, la CNCDH égrène la liste des renoncements. L’objectif de mieux former les enseignants et personnels pédagogiques des établissements scolaires : « Partiellement mis en œuvre ». Développer la connaissance illustrée des élèves avec la généralisation des visites mémorielles : « Partiellement mis en œuvre ». Renforcer les données issues des enquêtes de victimisation : « Non mis en œuvre ». Mobiliser les bailleurs sociaux : « Non mis en œuvre ». Renforcer l’efficacité de la réponse pénale : « Non mis en œuvre ».

 

L’instabilité politique de ces dernières années « n’explique pas tout », estime Pierre Tartakowsky, par ailleurs président d’honneur de la Ligue des droits de l’homme. « Et le pire, c’est que ça ne semble inquiéter personne », ajoute-t-il, dénonçant « l’effacement » du racisme du débat public.

 

Opération du testing XXL

Il y a un an, en mai 2025, le comité du suivi du plan national se félicitait pourtant de son bilan, avec 50% des mesures réalisées et 25% en cours de déploiement.

 Mathias Ott, le délégué interministériel de la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT +, fait part de sa « surprise » à la lecture de la note de la CNCDH et appelle à « nuancer » ses questions. « Ce document comporte de nombreuses inexactitudes et fait l’impasse sur les mesures qui ont été mises en place en parallèle », insiste-t-il. Et de citer l’opération de testing XXL lancée en janvier avec l’envoi de 16 000 CV dans toute la France (dont les résultats sont attendus en juin), mais aussi les circulaires pénales envoyées par le garde des sceaux aux parquets afin de guider leur action. « Bien sûr qu’il faut aller encore plus loin, et le prochain plan est déjà en route », affirme-t-il.

 En attendant, le prochain comité de suivi du plan national 2023-2026 doit se réunir le 9 avril.

L. CE