Juin 2026
LA
CRYPTOMNESIE
PSYCHOLOGIES
(Psychologies - Juin 2026)
Chaque
mois, Psychologies fait la lumière sur un biais cognitif, un filtre de la
pensée qui peut altérer notre jugement. Comme ici, l’art de trouver nos grandes et belles idées… chez les
autres.
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“J’ai
une superbe idée ! » Et si c’était surtout une superbe
rediffusion ? Nous aimons nous croire géniaux. Originaux. Comme si,
traversés par des éclairs de génie, et touchés par la grâce, nous étions
capables de grandes découvertes, à l’image de Newton avec sa pomme ou
d’Archimède dans son bain. En réalité, il nous arrive souvent de recycler,
l’air inspiré, une trouvaille déjà croisée ailleurs, dans une conversation, un
livre, un podcast, une chanson. Serions-nous tous des plagiaires sans
scrupule ? Autrement. Ce phénomène, au doux nom de cryptomnésie, n’a rien
d’une tricherie volontaire.
Deux chercheurs ont remarqué en l’étudiant 1 que leurs
participants reprenaient des réponses déjà produites par d’autres, à l’oral
comme à l’écrit, tout en étant simplement persuadés de les avoir trouvées
eux-mêmes. « Le résultat de cette série d’études confirme clairement
l’existence d’un plagiat inconscient et montre qu’il persiste à travers une
variété de tâches, de contextes, de matériaux et de conditions de
production. » Autrement dit, ces emprunts n’ont rien d’exceptionnel. Ils
citent d’ailleurs le célèbre cas de George Harrison, dont My
Sweet Lord rappelait si fortement He’s
So Fine du groupe américain The Chiffons que la justice parlera de copie
involontaire en 1976.
CODE
SOURCE ?
La cryptomnésie naît d’un raté dans ce que les
neuropsychologues appellent « contrôle de la source ». Normalement,
quand une information nous revient, notre cerveau récupère à la fois son
contenu et son contexte (où, quand et comment nous l’avons croisée). Mais
lorsque nous sommes fatigués, distraits ou déjà très occupés mentalement,
l’opération se dérègle. Le souvenir refait surface, mais son étiquette
d’origine disparaît.
