Mai 2026

 

UN CONTRAT D'ENGAGEMENT JEUNE PLUS EXIGEANT QUE LA GARANTIE JEUNES

 

SE.G

 

(Le Monde - Mercredi 8 avril 2026)

 

PRÉSENTÉ COMME LE NOUVEAU DISPOSITIF phare en direction des jeunes éloignés de l’emploi et de la formation des (les « NEET », ni en études, ni en emploi, ni en formation »), le contrat d’engagement jeune (CEJ) a remplacé, en mars 2022, la garantie jeunes. Si le principe du dispositif reste le même (accompagner les jeunes NEET dans leur réinsertion, en contrepartie d ‘une allocation), les modalités de l’accompagnement des jeunes, ainsi que le quotidien des conseillers ont fortement évolué, comme le montrent deux enquêtes récentes du Centre d’études de l’emploi et du travail (CEET) et de l’Institut des politiques publiques (IPP).

       Mauricio Aranda, sociologue coauteur du rapport du CEET, rappelle que « malgré les évaluations assez positives de la garantie jeunes, né en 2013, il y avait en 2022 une volonté de marquer la fin du premier quinquennat d’Emmanuel Macron par une "grande" réforme de politique sociale envers les jeunes... » Quatre ans après cette initiative, les rapports donnent à voir la réussite quantitative du CEJ, avec près de
700 000 jeunes ayant signé un contrat entre mars 2022 et juin 2024.

 

       Contrairement à la garantie jeunes, qui n’était proposé que par les missions locales, le CEJ est mis en place aussi bien par ces dernières que par France Travail. « Plus qu’une politique sociale, ce dispositif a été conçu comme une politique de l’emploi », explicite le rapport du CEET. Il résulte de ce choix une segmentation des publics : France Travail (36 % des bénéficiaires) s’occupe des jeunes les plus proches de l’emploi, les missions locales de ceux qui ont des difficultés socio-économiques.

       La  nouveauté réside dans la logique dite d’« activation » du CEJ. Pour bénéficier de l’allocation (jusqu’à 560 euros par mois) pendant six à dix-huit mois, le dispositif impose aux jeunes de justifier de quinze à vingt heures d’activité hebdomadaire : recherche d’emploi, envoi de CV, stages, participation à des ateliers ou à des salons professionnels, visites culturelles, sport, etc. À l’image de la réforme dans son ensemble, « cette obligation a été pensée de manière un peu déconnectée du terrain », commente Mauricio Aranda.

 

Les conseillers s’arrangent avec la règie

Si les jeunes peuvent apprécier ce programme intensif, le rapport du CEET montre comment cette contrepartie à l’allocation bouleverse le quotidien des travailleurs sociaux. Le dispositif s’accompagne d’un suivi administratif important, notamment autour du reporting régulier de l’« activité » des jeunes (« jusqu’à 30 % » du temps de travail des professionnels).

       Confrontés à ce suivi chronophage, mais aussi à divers « objectifs chiffrés », « les conseillers des missions locales bricolent et développent des stratégies d’adaptation pour concilier les exigences administratives et le travail réel d’accompagnement, ainsi que pour garder du sens dans leur travail », note Mauricio Aranda. Le comptage pointilleux de ces quinze à vingt heures se transforme souvent en une « fiction administrative », selon les mots du rapport. Autrement dit : les conseillers s’arrangent avec la règle, se basant par exemple sur les simples déclarations du jeune pour « valider » ces heures, ou les exigeant de manière progressive pour ne pas rompre un lien de confiance encore fragile.

       Selon le rapport de l’Institut des politiques publiques, la durée moyenne de l’accompagnement par les missions locales a baissé drastiquement entre la garantie jeunes et le CEL, passant de onze mois à environ sept mois. Pour quelle efficacité ? Seulement 27 % des contrats s’achèvent en mission locale parce que le jeune est officiellement considéré comme « autonome », 50 % car la durée maximale est atteinte, et 16 % se soldent par une sortie anticipée. L’impact du CEJ sur le retour à l’emploi est jugé « légèrement plus positif, [mais] pas statistiquement significatif » par rapport à la garantie jeunes.

       Du côté de France Travail, moins d’un tiers des jeunes sont en contrat stable (CDI ou CDD de plus de six mois) à la sortie du CEJ et 40 % un an plus tard. Ce qui fait dire aux auteurs du rapport de l’IPP que, « en définitive, le CEJ apparaît comme une évolution pragmatique de la garantie jeunes : un dispositif un peu plus intensif, légèrement moins coûteux et potentiellement plus réactif »…

 

 

SÉ. G.