Juin2026

 

LE CONGE CLIMATIQUE ECHAUFFE LES ESPRITS WORK IN PROGRESS

Nicolas SANTOLARIA

(Le Monde - DIMANCHE 10 - LUNDI 11 MAI 2026)

 

 

 

 

 

 

Dans le numéro des Écologistes, Marine Tondelier, propose que les travailleurs particulièrement exposés aux canicules puissent s’arrêter cinq jours par an

 

Qui n’a jamais vécu ce type de journée harassante où la température est tellement élevée qu’il devient quasiment impossible de bosser ? Ce n’est pas qu’on ne veut pas, mais juste le corps ne suit pas, assommé par un dôme de chaleur qui transforme le cerveau en air fryer et fait suinter les bras comme des churros. Les périodes difficilement supportables, où le mercure monte au-delà du raisonnable, deviennent de plus en plus fréquentes, longues et intenses.

 

 Prenant en compte cette réalité du « dérèglement », la patronne des écologistes, Marine Tondelier, suggérait, à l’occasion du 1er Mai, la création d’un congé climatique de cinq jours par an. Cette proposition s’inspire du modèle espagnol, qui, en novembre 2024, a adopté le principe d’un congé payé de quatre jours pour éviter les déplacements en cas d’alerte météo.

 

       Comme le précisait Marine Tondelier sur son blog, il s’agit de faire évoluer le droit, « en assumant que le climat est désormais une condition de travail à part entière ». Selon le rapport d’Oxfam France publié en 2024, 36 % des travailleurs sont déjà exposés, chez nous, à des épisodes de chaleur extrême. Ce n’est pas seulement le kébabiste à côté de sa broche. L’artisan verrier, le couvreur sur le toit qui souffrent. Les écoles, les crèches, les hôpitaux, lorsqu’ils sont mal ventilés, peuvent se transformer en véritable fournaise. Loin de la canicule de 2019, la température aurait dépassé les 55°C dans certains bus RATP. Durant l’été 2024. Santé Publique France enregistrait sept accidents de travail mortels possiblement en lien avec les fortes chaleurs, les chantiers s’avérant particulièrement létaux en pareilles circonstances.

« On est chez
              les dingues (…)
              Et après ? Demain,
              un congé pour
              les éclipses, pour les
              marées d’équinoxe,
              pour la lune rousse
              qui terrifiait nos
              grand-mères ?! »

Louis Sarkozy,
              chroniqueur sur RMC

 

       Quand l’air devient brûlant, les corps peinent : de la céphalée aux crampes, de la déshydratation à la syncope, voire au coup de chaleur susceptible d’entraîner le décès par la défaillance de la thermorégulation, les symptômes sont variables. Avec les mains moites, la manipulation d’outils devient dangereuse, le temps de réaction augmente.

 

       « Il manquait que ça comme excuse pour pas bosser, tiens. Les crues et les canicules ! », s’est enflammé Louis Sarkozy, devenu chroniqueur sur RMC. Avant d’enchaîner, avec un mépris hyper théâtral : « On est chez les dingues (…) Et après ? Demain, un congé pour les éclipses, pour les marées d’équinoxe, pour la lune rousse qui terrifiait nos grand-mères ?! » Comprendre : tout ça, c’est un truc de bonne femme fragile et superstitieuse. Lui, à qui on ne peut pas reprocher de n’avoir jamais travaillé, puisqu’il a notamment signé une collection de mocassins à picots en hommage à Sigmund Freud et à Marie Curie, propose une autre voie : face au climat qui change, il faut « travailler bien plus, et pas moins ».

 

       Travailler plus pour suer moins ? À vrai dire, on a un peu du mal à suivre. Ou plutôt si. Les problématiques climatiques couplées aux problématiques sociales donnent progressivement forme à ce que Bruno Latour appelait une « classe géo-sociale », à qui est dénié le droit à un futur vivable. Les personnes modestes souffrent deux fois plus de la chaleur que les personnes aisées, soulignait une étude de l’Ademe de 2024 (baromètre Sobriétés et modes de vie). Alors que les limites de la planète exigeaient d’entrer dans une logique de post croissance et que la hausse des températures impacte directement la productivité au travail, ceux qui ont bâti leur fortune ou leur entregent sur le monde tel qu’il va n’ont aucun intérêt à ce que ça change, d’autant plus qu’ils ont la clim. « Forez, forez, forez ! », répétait Donald Trump en début du mandat. « Bossez, bossez, bossez », lui répond en écho le filleul du milliardaire Martin Bouygues.