Juin 2026

ARGENT COMPTE JOINT SOUVENT UTILE, PARFOIS RISQUE

Bien pratique pour gérer les dépenses en couple,
le compte joint peut aussi créer des difficultés ou des blocages
dans certaines situations. À quoi vous engage-t-il ?

ANNE BANCE

Un pot commun

Chaque cotitulaire d’un compte joint peut librement dépenser tout le solde disponible par carte, chèque, virement. Aucune autorisation de l’autre n’est nécessaire, et peu importe ce que chacun a versé. Précision : un compte joint est ouvert au nom de « X ou Y ». À ne pas confondre avec un compte indivis, au nom de « X ou Y », qui, lui, exige l’accord des deux à chaque mouvement.

                                                                                

Les revers de la solidarité

Si l’un des cotitulaires du compte joint creuse un découvert, la banque peut en réclamer le remboursement à l’autre : ils sont solidairement responsables. En cas d’incident de paiement grave (chèques sans provision…), tous les cotitulaires seront « interdits bancaires » pour ce compte commun… et pour leurs comptes personnels respectifs. « À l’inverse, si l’un des cotitulaires connaît un tel incident sur son compte personnel, le compte joint sera certes bloqué, mais pas les comptes personnels de l’autre titulaire », précise Vincent Steinhauser, directeur du marché des particuliers chez Crédit Agricole S.A.

                                                                                

En cas de mise sous tutelle

« Si l’un des cotitulaires est mis sous tutelle, le compte joint ne fonctionne plus. Il est fermé ou transformé en compte individuel selon les modalités fixées par la loi », prévient Vincent Steinhauser.

                                                                                

Une sécurité pour le conjoint survivant

Au décès d’une personne, ses comptes personnels sont gelés jusqu’au règlement de sa succession. Mais son compte joint, peut, lui, continuer de fonctionner au bénéfice du survivant, dans les limites des règles de la succession.

                                                                                

Quid de la succession ?

« Le solde du compte joint au moment du décès sera quand même pris en compte dans la succession », précise Me Barbara Thomas-David, notaire à Paris. Si le couple était marié sous un régime de communauté, la moitié du solde appartient au défunt, l’autre moitié appartient au survivant. « À défaut, pour des concubins par exemple ou un couple en séparation de biens, le compte est présumé être en indivision. Cela implique de partager le solde par moitié, sauf preuve du contraire, par exemple si l’un d’eux en était le contributeur principal. »

                                                                                

Pour gérer des biens à plusieurs

Le compte joint peut convenir à d’autres situations. Par exemple, lorsque les héritiers gèrent un bien commun (pour percevoir des loyers, payer les charges…). Autre option : un compte indivis. « Mais pour effectuer des opérations (virements...) facilement, ils devront soit se consentir mutuellement des procurations sur le compte indivis, soit donner mandat à l’un d’eux pour le gérer », note Vincent Steinhauser. ●

UN COMPTE À FERMER ENSEMBLE

La clôture d’un compte joint nécessite l’accord de tous les cotitulaires, qui doivent aussi décider du partage du solde, sauf si un jugement (de divorce par exemple) fixe cette répartition. Et faute d’accord ? L’un d’eux peut écrire à la banque pour se désolidariser du compte joint. Celui-ci se transforme alors en compte indivis : chaque opération requiert l’accord de tous.