JUIN 2026
PORTE
PAR LES FEMMES ET LES VOYAGEURS EN SOLO, LE REGAIN DES CIRCUITS EN PETITS
GROUPES
Jessica
COURDON
(Le Monde - Samedi 25 avril 2026)
En dépit de la guerre,
les voyages itinérants en comités restreints connaissent un nouvel attrait
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Jeune cadre, Marine
rêvait d’un voyage à Bali. : « Mais
mes amies n’avaient pas de congés, ou voulaient partir avec leurs copains, ou
n’avaient pas d’argent. » Elle se laisse alors tenter par un circuit
itinérant sur l’île indonésienne, avec dix inconnues. « Le fait que ce soit entre femmes, cela me rassurait. Avant Bali
n’étais jamais partie très loin, donc c’était agréable que tout soit
organisé », dit la Marseillaise de 35 ans qui n’a pas donné son nom. Elle
a continué à voyager ainsi, rejoignant des circuits organisés par l’agence
Copines de Voyage aux Baléares, puis aux Maldives. Elle en a gardé des amitiés,
nées dans ce partage d’expériences insolites : « J’ai même été la témoin de mariage d’une amie rencontrée à
Bali. »
Et si c’était cela, le secret de ces voyages en petits
groupes, qui connaissent depuis quelques années un nouvel attrait ? Réponse
à l’ultramoderne solitude contemporaine, à la fatigue du numérique, ces
circuits sont vendus comme une manière de découvrir le monde autour de centres
d’intérêts partagés. Chez Copines de Voyage, les participantes ont
majoritairement entre 25 et 55 ans. « Ce
sont des femmes CSP+, et la très grande majorité s’inscrivent en solo. On a des
célibataires mais aussi beaucoup de femmes en couple qui, pour une raison ou
une autre, ne partent pas avec leur conjoint », explique Emilie
Straub, responsable de cette marque, qui fait partie de la galaxie d’Altaï.
Lundi 30 avril, Altaï, qui a réalisé, avec ses différentes
entités (Les Aventureurs, Atalante…), 80 millions
d’euros de chiffre d’affaires en 2025, a annoncé son rachat par l’australien Intrepid Travel, l’un des leaders du marché à l’échelle internationale.
Le montant de l’opération n’a pas été communiqué. « Il y avait un bruit de
fond qui disait que le voyage en groupe, c’était fini, mais il survit très
bien », affirme Yann Wulser, directeur d’ Altaï. Ses
séjours, proposés pour des groupes de 10-15 personnes, vont du trek en
Mauritanie au circuit avec des petites randonnées dans le Connemara, en passant
par le périple itinérant au Kazakhstan ou la traversée du Vercors. Avec ce
rachat, Intrepid Travel, qui s’adresse avant tout à
une clientèle anglo-saxonne, entend s’implanter de manière plus active sur le
marché français.
Le français Altaï
a annoncé
son rachat
par l’australien
Intrepid Travel,
l’un des leaders
mondiaux
du marché
Derrière cette
transaction, une figure : Julien Lelercq, président de Décathlon (et fils
du fondateur). Propriétaire d’Altaï depuis 2012 par l’intermédiaire de sa
société d’investissement, il était aussi, depuis 2021, actionnaire d’Intrepid Travel. Si ce dernier est peu connu en France, il
a réalisé une percée ces dernières années dans le monde anglo-saxon, avec ce
même concept de voyages organisés en petits groupes. En 2025, son chiffre
d’affaires a atteint 523 millions d’euros (+25 % en un an). Une croissance réalisée
en achetant des concurrents, et en augmentant son nombre de voyageurs, à coups
de grandes campagnes de communication et de segmentation de marché :
voyages réservés aux 18-35 ans, aux femmes, circuits pour les passionnés de
gastronomie, pour les sportifs…
« Habitués aux crises »
Le rachat d’Altaï se
déroule dans un contexte houleux, alors que la guerre au Moyen-Orient percute
de plein fouet tous les acteurs du voyage. « Depuis
le début du conflit, on a environ 30 % de prises de réservation en moins par
rapport à l’année dernière. Pour les départs cet été, les gens attendent avant
de s’engager. On espère un report sur les destinations de proximité, en France
ou en Europe », concède Yann Wulser, d’Altaï. Comme ses confrères à la
tête de tour-opérateurs, il a confiance dans la capacité de ce secteur à
rebondir. « Nous sommes habitués à
ces crises : nous avons vécu le Covid, le volcan islandais… A chaque fois,
le marché est reparti », abonde Lionel Habasque, le directeur de
Voyageurs du Monde, qui reste, sur ce marché, le plus gros acteur en France
(Terres d’Aventure, Nomade Aventure…).
« Le voyage en
petit groupe a vu son attractivité se développer encore plus vivement après la
pandémie de Covid-19, qui a décuplé cette envie de nature, de voyages, de
rencontres », dit-il. Chez Voyageurs du Monde, ce segment, qui
représente près de la moitié du chiffre d’affaires (le reste provenant des
circuits sur mesure), progresse « entre
5% et 8% par an ». Si ces formules se développent, c’est aussi parce
qu’elles font écho à des changements sociétaux, propices au voyage « solo
mais en groupe ». Cohabitation
en couple plus tardive que jadis, émancipation plus forte des femmes, recherche
de nouvelles formes de rencontres amoureuses ou amicales… Chez Intrepid Travel, près de deux tiers des participants sont
des femmes qui s’inscrivent seules. A cela s’ajoute la valorisation extrême du
voyage sur les réseaux, dont profitent tous ces acteurs. En particulier ceux
qui ciblent les milleniaux, comme l’italien WeRoad, dont les publicités ont envahi, récemment, le métro
parisien. ■
JESSICA
COURDON