Avril 2026

 

TROIS AVEUX QUI NOUS LIBÈRENT

 

Christophe ANDRE

 

Psychologies - Avril 2026

 

 

 

Il en faut du temps pour que vienne le jour où nous n’avons plus peur d’avouer nos faiblesses, nos limites. Du temps pour devenir fort.e.s, ou pour ne plus chercher à toujours « paraître » fort.e.s. Du temps pour devenir sages, plutôt que seulement « faire semblant » de l’être. Et il me semble que cette force et cette sagesse passent par la capacité à faire librement trois aveux, à dire sans trembler, lorsqu’il y a lieu de le dire : « Je ne sais pas » ; « Je me suis trompé.e » ; « Je ne comprends pas ».

 

JE NE SAIS PAS. Longtemps, ce fut une de mes peurs d’enseignant et de conférencier : que l’on me pose une question à laquelle je ne sache pas répondre ; et d’éprouver alors un sentiment d’imposture dans un domaine où j’étais censé être un expert. Jusqu’au jour où je m’en suis donné le droit : être expert dans un domaine, ce n’est pas savoir « tout », mais savoir « beaucoup » ; puis faire de son mieux pour entretenir ce savoir et le rendre utile aux autres.

 

JE ME SUIS TROMPÉ. Longtemps, ce fut compliqué pour moi de reconnaître mes erreurs, et de les reconnaître à voix haute, ouvertement. Admettre que j’avais fait de mauvais choix, cultivé des convictions finalement erronées, me donnait un sentiment d’échec. Jusqu’au jour où j’ai compris qu’agir, choisir et décider, cela expose forcément à faire des erreurs. Et il est épuisant et fou de vouloir croire, et faire croire, que nous sommes infaillibles.

 

JE NE COMPRENDS PAS. Longtemps, je me sentais idiot de ne pas comprendre des explications, celles d’un plombier comme celles d’un philosophe. Sentiment d’infériorité. Jusqu’au jour où j’ai pu dire que le problème pouvait aussi venir de la personne, pas claire dans ses explications. Ou qu’il venait peut-être de moi, mais que j’en avais le droit ! Et que l’important n’était pas de paraître intelligent mais de comprendre, quitte à paraître un peu bouché aux interlocuteurs pressés.

 

Une fois que j’ai admis et surtout pratiqué tout ça, ma vie s’est allégée. Je ne suis plus obligé de tout savoir, de tout comprendre, d’avoir toujours raison. Et plus je prononce ces phrases, plus je vérifie que, le plus souvent, les choses se passent bien : la plupart des gens ne sont pas plus parfaits que moi, le savent, et sont tolérants à mes limites (puisqu’ils savent qu’eux aussi en ont).

Ne pas faire ces aveux c’est parfois nécessaire : face à des personnes hostiles ou manipulatrices, dans des environnements très compétitifs où règne le chacun pour soi. Mais le plus souvent dans nos vies, ils sont possibles, et souhaitables. Ils nous aident à ne plus passer notre vie à nous cacher ou à faire semblant ; ils nous aident à apprendre et à grandir.

Et vous, c’était quand la dernière fois que vous avez pu dire : « Je ne sais pas » ; « Je me suis trompé.e » ; « Je ne comprends pas », et vous en sentir soulagé.e et libéré.e ?