Juin 2026

 

UN AVIS FAVORABLE A UN ACCES RENFORCE AUX ORIGINES POUR LES ACCOUCHEMENTS SOUS X

 

Solène CORDIER

 

(Le Monde - Mercredi 6 mai 2026)

 

Ce texte, remis au gouvernement, préconise l’accès à l’identité de la mère à l’âge de 13 ans

 

C’est à un bouleversement du cadre actuel de l’accouchement sous le secret, communément appelé « accouchement sous X », qu’invite un avis remis lundi 4 mai à Stéphanie Rist, ministre de la santé et des familles. Élaboré conjointement par le Conseil national de l’adoption (CNA) et le Conseil national pour l’accès aux origines personnelles (Cnaop). Il propose de faire évoluer le dispositif actuel, encadré par la loi du 22 janvier 2002 relative à l’accès aux origines des personnes adoptées et pupilles de l’État, vers un « accouchement confidentiel », facilitant la quête des origines des enfants concernés. Cette proposition de changement s’inscrit, selon le texte, dans une logique d’adéquation aux « aspirations contemporaines de notre société ». En 2024, 446 enfants sont nés sous le secret, selon les derniers chiffres du Cnaop.

       À l’heure actuelle, les femmes qui désirent accoucher sous le secret peuvent se rétracter pendant deux mois après la naissance : 85 l’ont fait en 2024. Passé cette date, l’enfant est confié à l’aide sociale à l’enfance en vue d’une adoption. La « mère de naissance » a la possibilité de « laisser, si elle l’accepte, des renseignements sur sa santé et celle du père, les origines de l’enfant, les circonstances de la naissance, ainsi que sous pli fermé, son identité ». Autant d’informations remises au Cnaop, instance créée par la loi de 2002 avec pour mission d’accompagner les demandes de recherches sur les origines des personnes « nées sous X ». En 2024, 725 demandes écrites ont été traitées par ses services.

       Dans leur avis, le CNA et le Cnaop, saisis en juin 2025 par Sarah El Hairy, la haut-commissaire à l’enfance, considèrent que la législation « penche dans la pratique de manière prégnante du côté de la mère ». Sensibles à la souffrance exprimée par des adultes nés sous X, regroupés en collectifs afin de faire entendre leur voix, les deux conseils déplorent que « le chemin vers l’accès aux origines [soit] trop souvent limité par le secret ».  Dès lors, ils se disent « favorables à un rééquilibrage de la loi dans l’intérêt supérieur de l’enfant et à un droit réel d’accès aux origines personnelles tout en sécurisant le possible choix de la mère de ne pas avoir contact avec l’enfant ».

 

       La refonte proposée s’inspire du modèle allemand. L’idée serait de permettre aux femmes d’accoucher sous pseudonyme et d’ouvrir, dans le même temps, la possibilité aux enfants d’accéder à des données identifiantes et non identifiantes, à partir de leurs 13 ans et avec l’accord des détenteurs de l’autorité parentale. Les mères de naissance pourraient cependant s’opposer à la démarche en manifestant leur désaccord aux 12 ans de l’enfant. Auquel cas, un juge serait amené à trancher.

 

       Les auteurs de l’avis sont défavorables à une rétroactivité de l’application de la loi. Ils insistent sur l’importance d’une période de transition « pour s’assurer de la bonne information des femmes afin d’éviter toute confusion », et sur la nécessité de proposer un accompagnement par des professionnels (psychologues, médecins, travailleurs sociaux…) à l’ensemble des parties prenantes – mères de naissance, enfants, parents adoptifs.

Les rédacteurs
déplorent
que « le chemin
vers l’accès
aux origines
[soit] trop
souvent limité
par le secret »

« C’est un rapport fort »

Une telle réforme « respecterait les intérêts de chacun, fait valoir Monique Limon, présidente du CNA. Nous avons été très attentifs à veiller à trouver un compromis entre la protection des intérêts de la mère, l’importance de protéger le secret de son identité, et le droit de l’enfant à connaître ses origines ». À l’ère du numérique et des réseaux sociaux, qui facilitent les recherches généalogiques, garantir le secret de l’identité maternel est une illusion, souligne l’avis, qui se prononce par ailleurs pour la législation, encadrée, des tests génétiques dits récréatifs aujourd’hui interdits. Il propose aussi de supprimer la possibilité, dont disposent aujourd’hui les mères, de s’opposer à la levée du secret de leur identité après leur décès. Qu’en pensent ces dernières ? Difficile de le savoir dans la mesure où le silence entoure ces naissances souvent douloureuses.

 

       Erik Pilardeau, cofondateur du collectif Nés sous X d’ici et d’ailleurs, créé en avril 2024, salue les « avancées notoires » de cet avis. « C’est important que deux institutions comme celles-ci écrivent noir sur blanc qu’il est dans l’intérêt supérieur de l’enfant de faire progresser le droit à la connaissance des origines », réagit le porte-parole. « C’est un rapport fort, solide, qui nourrit la réflexion, ne l’enterrons pas ! », ajoute-t-il, en appelant le gouvernement à s’engager en faveur d’un projet de loi.

 

« Les questions sont sur la table, et rien n’est encore décidé (…) Notre responsabilité est d’y répondre avec justesse, humanité et équilibre », ont réagi Mmes Rist et El Haïry, dans une déclaration commune après la remise officielle de l’avis. Ces dernières années, plusieurs propositions de loi en faveur d’une évolution du cadre législatif ont été déposées, sans aller jusqu’au vote.

SOLÈNE CORDIER