Juin2026
MORT VIE- QUEL
ACCOMPAGNEMENTVOULONS-VOUS ?
(Extrait de PETITES SOEURS DES PAUVRES -
Avril 2026)
Bonne journée

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Alors que la loi sur
"le droit à l’aide à mourir" est repartie au Sénat pour une 2ème
lecture, Claire Fourcade, médecin en soins palliatifs et auteure de
"Journal de Fin de Vie" a bien voulu nous en parler. Pour elle, il y
a un vrai décalage entre le récit médiatique qui nous propose des portraits de
gens dont la souffrance est intolérable et la réalité où l’on sait apaiser et
rendre acceptables les souffrances des patients.
Aujourd’hui, pourquoi
certaines personnes demandent-elles à mourir ?
Dans le cadre de mon expérience en
cancérologie, j’ai vu que, si une personne est bien accompagnée au niveau
médical et soulagée dans sa souffrance, la demande à mourir est quasi
inexistante. En fait la demande à mourir intervient quand on est seul, quand on
se sent un poids pour les autres et qu’on a du mal à donner un sens à sa vie.
C’est la peur de souffrir, la peur de l’avenir qui conduit à vouloir anticiper
sa mort.
Que faut-il entendre
quand une personne demande à mourir ?
Toute la littérature internationale expose
que le souhait de hâter la mort est très complexe. Avec le professeur
Jean-Louis Touraine – qui n’a jamais travaillé avec des patients en fin de vie
– et tous ceux qui sont favorables à la loi, tout est chimiquement pur dans la
demande de mort qui serait sans fluctuation, sans variation, sans pression…
comme si le sujet était absolument sûr de vouloir mourir, et seul dans cette
décision. Or ma pratique m’a montré que ce n’est pas si simple, que
l’ambivalence existe. Je dis souvent que je ne travaille pas en noir et blanc,
mais avec 50 nuances de gris. Dans le débat actuel, l’enjeu n’est donc pas la
demande de mort – elle a toujours existé, elle existe, et elle existera – mais
quelle est la réponse collective que la société veut apporter ?

Comment un soignant ou
un proche peut-il y répondre ?
D’abord en demandant « Qu’est-ce qui fait que vous voulez mourir ? », ce
qui ouvre à un échange avec le patient. Comme médecin, jamais je vais
dire : « Ne dites pas que vous
voulez mourir, ce n’est pas bien », mais nous entendons sa demande, et
en cherchant nous arrivons à trouver, dans le cadre de la loi actuelle Claeys-Leonetti , des solutions d’accompagnement. Ainsi, qu’on
soit soignant ou proche, c’est le fil du "Pourquoi" qui est à tirer.
La personne a quelque chose d’important à nous dire, sa demande de mort doit
être entendue même s’il n’y a pas de réponse là, tout de suite. D’ailleurs, en
exprimant son inquiétude, la personne le plus souvent s’apaise. Pour les
proches, cette demande peut être difficile à entendre et il est essentiel dans
ce cas d’en parler avec d’autres qui pourront reprendre ce dialogue. Mais le
plus dur pour la personne en détresse est de la renvoyer à sa solitude : « Ne dis pas ça, bats-toi », qui
est une autre façon de dire « Je ne
veux pas entendre ».
Si la loi était votée,
vous dites que ce serait une bascule dans la façon d’accompagner la
vulnérabilité…
Aujourd’hui, la société,
inconditionnellement, aide à vivre et dit ceci : « Nous tenons à vous et nous n’allons pas vous faire
mourir ». Nous réanimons les suicidants, et nous accompagnons ceux qui
vont très mal. Mais si la loi était modifiée, alors la société pourrait
dire : « Nous entendons votre
demande à mourir, et nous allons vous aider à l’organiser. » Donc il y
a des vies dont, collectivement, nous pensons qu’elles ne valent plus la peine
d’être vécues. Mais sur quels critères ? et quelles vies ? celles des
jeunes ou des vieux ? Ce qui veut dire que des vies seraient moins utiles
et moins performantes que d’autres… c’est impensable. Et comment tracer une
ligne entre les souffrances, celles qui ouvrent le droit à l’euthanasie et les
autres ? Cela renvoie à des questions dérangeantes, et cela changerait le
monde de l’accompagnement en France.