Juin2026

 

« LES DIFFICULTES DE MOBILITE NOURRISSENT LE SENTIMENT D’ABANDON »

 

Delphine RAYCAUD

(LE PROGRES - Jeudi 21 mai 2026)

 

Anne Rubinstein, la déléguée interministérielle à la pauvreté, organise ce jeudi une rencontre nationale sur le thème « Agir sur la mobilité pour lutter contre la pauvreté ». Elle alerte sur les difficultés de déplacement qui touchent particulièrement les ménages modestes en zone rurale et plaide pour des solutions plus concrètes.

 

Anne Rubinstein est déléguée interministérielle à la pré-

-vention et à la lutte contre la pauvreté depuis 2024.

photo Sipa/Chang Martin

 

       Quels sont les Français les plus pénalisés par les difficultés de mobilités ?

       « Les personnes en situation de pauvreté qui vivent dans les territoires ruraux. C’est souvent leur première préoccupation du quotidien et cela représente un frein majeur à l’amélioration économique et sociale. Certains renoncent à un emploi, faute de pouvoir s’y rendre, tandis que l’ambition scolaire de certains jeunes est freinée, car elle est restreinte à un territoire. Cela nourrit aussi un profond sentiment d’abandon chez nos concitoyens et une défiance vis-à-vis de la puissance publique. »

       La flambée des prix des carburants a souligné une dépendance d’une partie des Français à la voiture. Jugez-vous suffisante l’aide de 50 euros destinée aux grands rouleurs ?

       « Elle est bienvenue. Mais c’est insuffisant pour régler le problème du surcoût actuel du carburant. Les entreprises doivent également prendre leur part dans cet effort. »

        Les aides à la transition vers le véhicule électrique paraissent souvent complexes et insuffisantes pour les ménages les plus modestes. Partagez-vous ce constat ?

       « Oui. Le leasing social est une vraie avancée, mais il ne s’adresse pas réellement aux personnes les plus pauvres. Le reste à charge demeure trop important pour elles. »

       Le permis de conduire ne peut plus être financé via le compte personnel de formation pour certains salariés. Mesurez-vous déjà les conséquences de cette mesure ?

       « Pas encore. Mais une chose est sûre : apprendre à conduire pour un jeune issu d’une famille pauvre n’est souvent pas possible financièrement. Supprimer une solution qui leur permette d’accéder à l’emploi est une incongruité. Une piste de réflexion pourrait d’ intégrer davantage l’apprentissage de la conduite au lycée, à l’université, ou dans le cadre du futur service national. »

       Les solutions de mobilité partagée restent peu développées. Comment accélérer leur déploiement ?

        En faisant de la dentelle à l’échelle des territoires, afin que les différents acteurs (région, intercommunalités, communes, associations, entreprises…) travaillent ensemble pour proposer des solutions adaptées aux usages. On ne mutualise pas assez des ressources existantes. Il est rare, par exemple, que les bus scolaires servent à d’autres usages dans la journée (pour transporter des personnes âgées vers les centres-villes ou les services publics…). Or, cela permettrait de rationaliser la dépense, d’offrir une offre de transport sur ces territoires et d’améliorer l’offre de mobilité dans les territoires ruraux. »

       Le prix des billets de train a fortement augmenté ces dernières années. L’Etat doit-il davantage soutenir le rail pour éviter une mobilité à deux vitesses ?

       « Oui, à la fois pour des raisons environnementales et pour améliorer la qualité de vie des Français. Il faudrait également réfléchir à une véritable tarification sociale des transports. Il n’est pas juste qu’un allocataire du RSA paie son billet Paris-Marseille au même prix qu’un cadre supérieur. »

Propos recueillis par Delphine Raycaud